Il y a environ une semaine et demi, des collègues (bon, ok, je ne suis que stagiaire…) de Frères des Hommes sont venus au Pérou pour voir les résultats du
projet Consorcio Junín, que l’association a cofinancé.
Après un rapide séjour à Lima où elles ont pu rencontrer des représentants de l’Union Européenne (autre cofinanceur), et surtout les directeurs des 3 ONGs
péruviennes implantant le projet, elles sont arrivées à Huancayo. L’objectif de ces quelques jours étaient de voir sur le terrain comment concrètement les fonds ont été alloués, et quel a été
l’impact des activités inhérentes au projet sur la population locale.
C’était l’occasion pour moi d’une part de retourner dans la sierra, car, bien que m’étant déjà rendu à Cochas et Comas, je n’avais pas eu beaucoup
m’occasion pendant mon séjour de rencontrer les producteurs et animateurs du projet. D’autre par, je pouvais voir en quoi consistait une mission « d’évaluation », bien que le terme est
à manier avec des pincettes. Enfin, j’ai pu rencontrer la nouvelle chargée du suivi de projets de FDH, Isabelle, fraîchement recrutée.
Le lundi, mes collègues ont pu goûter aux joies des réunions sans fin, puisque était organisée une réunion sur l’avancement des
l’articulation de la future aide qu’apporteront les OPDs au sous gérances du DEL de la province de Concepción. Thème vaste et compliqué que je tente de résumer ainsi : comment, alors que le
projet se terminait dans quelques jours, les autorités locales et les représentations ministérielles locales pourraient travailler ensemble et assurer une viabilité au projet ? (J’ai bien
dit : « Je tente »). Et justement, pour appréhender ce genre de réunion, il faut un minimum de connaissances, pas nécessairement techniques mais surtout contextuelle, sur ce
nouveau sujet qu’est le DEL. C’est donc très logiquement que mes collègues se sont vite senties perdues dans tout ce déballage d’informations. Ca m’a un peu rappelé ma toute première réunion à
Mito, quand, après un voyage de près de 30 heures pour rejoindre le Pérou, un break d’un jour, puis un voyage de nuit de 7 heures en bus pour rejoindre Huancayo, j’enchaînais directement le
matin avec une réunion similaire … qui allait durer 5 heures, sans rien y comprendre tant tous ces termes me semblaient barbares. Cette réunion a été l'occasion pour moi de présenter l'avancment
du futur guide d'investissement de la province de Concepción.
L’après-midi, nouvelle réunion, plus soft, avec le responsable de la composante « développement agricole » du projet. Il fit le point sur les résultats,
s’appuyant sur les indicateurs du cadre logique (1) tels que le nombre de personnes ayant bénéficié de la construction d’un canal d’irrigation,
d’une serre, ou d’une usine de transformation (de la pomme de terre ou du lait). Réunion fort intéressante, où tout semblait néanmoins « tout beau, tout joli ».
Le mardi a été consacré à la visite de certaines des installations financées par le projet à Comas, à savoir un canal d’irrigation justement, et deux usines de traitement
du lait. Sans entrer dans les détails, ces nouvelles structures ont toute comme impact commun de stabiliser les revenus des producteurs, voir de les augmenter. Je profite du passage d’une
productrice locale pour m’éloigner un peu du groupe et l’interviewer, en vue d’une prochaine publication de Frères des Hommes (autre mission de mon stage ici). J’apprends que bien que non
bénéficiaire officielle du projet, elle a pu tirer un impact positif de celui-ci, grâce aux nombreuses pompes qui permettent d’irriguer un versant de la montagne où justement elle a des
chacras (= terrains). Bonne nouvelle donc que d’apprendre que le projet a des externalités positives non prévues.
La matinée s’enchaîne avec une visite des deux usines de traitement du lait, et comme j’ai un peu tardé avec mon interview, Abelardo, coordinateur général du
projet, vient me chercher avec la camionnette (merci !) pour rejoindre Odile et Isabelle. Manque de bol, on crève en chemin, et c’est sous un petit crachin que je marche pendant une heure
pour rejoindre les filles, histoire de demander un coup de main à leur accompagnateur, qui lui possède un cric. L’occasion de discuter avec des habitants, qui tant bien que mal tentent de ne pas
salir leurs vêtements et chaussures dans toute cette boue… En effet, la route n’est pas asphaltée, et en cours de nivellement. Je me rends compte une nouvelle fois que le projet bénéficie d’une
certaine popularité dans la zone. Une heure plus tard, je retrouve tout ce beau monde, qui justement en a fini avec la visite de cette première usine. Direction la seconde usine, plus proche, et
tandis qu’un collègue d’Abelardo part lui filer un coup de main, nous discutons avec le directeur/producteur de la 2nde usine, qui nous explique encore une fois que le Consorcio a été
d’une aide précieuse car il a permis de trouver des débouchés plus sûrs à la production laitière locale. Là encore je vous passe les détails, mais l’infrastructure semble à première vue respecter
des règles d’hygiène de base, chose impossible jusqu’à l’arrivée du projet, pour cause de manque de formations et d’argent. J’essaie une nouvelle fois de m’éloigner du groupe afin de discuter
avec des producteurs de lait, mais sans succès : ils sont tous dans leur champs.
Le mardi après-midi est normalement consacré à la visite de la planta de procesamiento de la papa de Cochas (= usine de traitement de la
pomme de terre), dont j’ai déjà rédigé un post. Connaissant le lieu et la thématique, j’avais au préalable demandé à Abelardo si je pouvais plutôt me rendre à une autre zone ciblée par le projet,
Mariscal Castilla. Pendant qu’Odile reste à Cochas, je pars donc avec Isabelle et Abelardo, direction ce district situé entre deux monts qui a la chance de posséder une partie
sierra, et une partie selva (que je ne connais malheureusement pas). Le maire et le sous gérant du DEL nous font alors découvrir l’élevage de truites appuyé par le Consorcio.
Dans deux bassins 20 x 5 mètres environ, nagent près de 5 000 truites, réparties dans 5 mini bassins, selon le stade d’élevage. Apparemment, le négoce marche suffisamment bien pour que les
gérants pensent à créer d’autres bassins, augmentant ainsi sensiblement leur production.
Un petit tour en 4x4 et nous voici, toujours à Mariscal Castilla, en train de discuter avec un éleveur de poules, qui a quelques griefs à formuler à l’encontre du
projet. A l’instar de 7 autre éleveurs, des poules devaient lui être livrées des mois auparavant, et ce ne fût pas le cas. Là se pose le grand problème d’une mission d’évaluation : quel
crédit accorder aussi bien aux propos des animateurs d’un projet, pour qui en général tout se passe bien, ainsi qu’à ceux des producteurs, qui ont aussi leur rôle à jouer dans la réussite ou
l’échec d’une activité ? Toujours est-il que cette entrevue me laisse dubitatif …
Retour à Cochas, histoire de régler 2-3 points pour le guide (vous vous souvenez ?) avec le sous gérant du DEL local, et nous rentrons tous ensemble sur
Huancayo. Une journée qui si elle s’est avérée bien fatigante pour nous, l’a été encore plus pour notre chauffeur du jour, Abelardo … Ne nous restait plus qu’à se reposer pour être de bon pied le
lendemain et notre visite à Tarma.
(1) Document présenté sous forme de tableau donnant les objectifs du projet (général et spécifiques), ses résultats, les indicateurs de mesure des résultats, et les hypothèses pouvant
entraver l’atteinte de ces résultats.
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